dimanche 13 janvier 2008

Attentes nocturnes, manifestation matinale

Strasbourg / Demandeurs d'asile / Dernières Nouvelles d'Alsace


En dépit de contrôles d'identité répétés en soirée, ces derniers jours place de la République, les demandeurs d'asile ont passé la nuit, comme d'habitude, aux abords de la préfecture pour faire la queue à l'approche de 6 h. (Photo DNA - Christian Lutz-Sorg)

Des membres de Casas et de RESF (*) ont manifesté, hier matin place de la République à Strasbourg, leur soutien aux étrangers ayant passé la nuit à deux pas de la préfecture dans l'espoir d'obtenir le ticket de rang qui leur permettra de formuler leur demande d'asile.


Dans Strasbourg endormi, la scène qui se joue devant la préfecture, ce vendredi à 7 h, semble surréaliste. Venus d'Afrique, d'Europe de l'Est ou d'ailleurs, une soixantaine de personnes sont alignées en rang le long du mur de la préfecture. Des enfants courent pour se réchauffer. Une mère serre contre elle un nourrisson bien emmailloté. Des bénévoles de Casas, accompagnés de membres de RESF (*), distribuent cafés et gâteaux aux étrangers frigorifiés. Pour la plupart tchétchènes, les personnes présentes font la queue parce qu'elles espèrent obtenir, à l'ouverture des locaux, le ticket de rang leur permettant de demander l'asile politique à la France. « Mon cousin est arrivé de Tchétchénie avec sa femme le 31 décembre. Depuis, comme une trentaine de compatriotes, il dort chaque soir aux alentours de la préfecture pour figurer en bonne place dans la file du lendemain », témoigne une jeune fille qui requiert l'anonymat. « Les Tchétchènes arrivent de nouveau en nombre parce qu'ils redoutent une nouvelle guerre à l'approche de la présidentielle russe. Résultat, depuis quatre semaines environ, l'accueil des étrangers se fait dans des conditions indignes. Alors que certaines familles vivent des moments terribles », pointe Simone Fluhr, membre de Casas.

Les enfants dormentdans une voiture,les parents marchent

Ainsi, une jeune fille nous explique, les mains enfoncées dans sa doudoune rouge, que depuis quatre jours, elle « passe ses nuits aux côtés de son fils, hospitalisé à Hautepierre parce qu'il a la tuberculose » pour rejoindre, au petit matin, « son mari resté avec leurs deux autres enfants aux abords de la préfecture ». Un autre couple de Tchétchènes, arrivé jeudi, a tenté le matin même d'obtenir un des fameux tickets, là aussi en pure perte. Après avoir essuyé un refus du 115, ils sont revenus le soir avec leurs quatre enfants : « Nous avons croisé des Arméniens qui faisaient la queue. Eux avaient une voiture. Nos enfants ont dormi dedans. Nous avons marché. » Peu avant 8 h, le secrétaire général de la préfecture, Raphaël Le Méhauté, sort du bâtiment en compagnie d'agents administratifs. S'adressant à la foule : « Vous êtes beaucoup plus nombreux que d'habitude. Nous allons prendre les noms, tout le monde sera reçu la semaine prochaine. Mais, un certain nombre d'entre vous ont déjà demandé asile dans un autre pays. Ceux là n'ont pas vocation à rester en France. » Des membres de RESF et de Casas rappellent alors que la situation n'a rien d'exceptionnel (notre édition du 11 mars 2006). Selon M. Le Méhauté, l'affluence du jour est « organisée », l'événement ayant même été « annoncé sur Top Music ». « Nous n'avons pas créé cette file, nous vous alertons sur cette situation depuis un mois, lui rétorque Pascale Adam, directrice de Casas. L'affluence est tout à fait représentative. En revanche, je ne suis pas persuadée que le secrétaire général de la préfecture soit là pour faire la distribution des tickets tous les matins. » Le nombre de tickets varie, selon les jours, de 5 à 20. Cette fois, présence des médias oblige, c'est 20.

Manuel Plantin
(*) Respectivement Collectif d'accueil des solliciteurs d'asile à Strasbourg et Réseau éducation sans frontières.
DNA. Édition du Sam 12 jan. 2008

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