L’association CASAS dénonce l’expulsion imminente de M. ABDOULAYE, demandeur d’asile tchadien, qui va à l’encontre des traités internationaux de protection ratifiés par la France, notamment la Convention de Genève et la Convention Européenne des Droits de l’Homme.
Sa vie est en danger au Tchad, en raison de ses activités militantes au sein de la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme, qui lui ont déjà valu d’être torturé et emprisonné pendant 6 mois à N’Djamena. Ces déclarations sont confirmées par une attestation de la Ligue des Droits de l’Homme à Paris et par Pierre Ngabardgim, réfugié tchadien, ancien militant de la Ligue des Droits de l’Homme au Tchad.
M. ABDOULAYE nous a raconté son histoire :
« Je suis tchadien et vivais à N’Djamena où j’exerçais la profession de caissier au sein d’une direction du Ministère des finances.
J’étais membre actif de la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH) depuis 1998 et menais à ce titre une contestation du régime autoritaire en place à N’Djamena. Mon engagement faisait suite aux persécutions qu’ont subi les membres de ma famille. En novembre 1998, mon beau-frère, qui était secrétaire général de mairie à N’Djamena, a dû se réfugier au Bénin après avoir eu des problèmes avec le pouvoir présidentiel. Ma sœur est venue s’installer chez nous avec ses quatre enfants. Les militaires sont venus chercher son mari et nous avons été menacés et violemment agressés. Mes frères ont décidé de fuir le pays. Le premier se trouve au Cameroun et le second est réfugié statutaire en Angleterre depuis décembre 2000.
Pendant trois ans j’ai été simple militant puis j’ai participé à des actions plus visibles et donc plus dangereuses. Après les combats qui ont opposé les rebelles du FUC aux forces de l’ordre dans la capitale, nous avons organisé le 19 avril 2006 une manifestation pour protester contre les mauvais traitements dont étaient victimes les rebelles prisonniers.
La manifestation a été violemment réprimée et le lendemain matin, j’ai été arrêté et emmené au commissariat central de N’Djamena. J’ai passé 6 mois enfermé sans pouvoir sortir une seule fois de ma cellule. Nous avons été à plusieurs reprises tabassés et humiliés. On nous faisait croire que nous allions être assassinés pour appartenir aux groupes rebelles. J’ai pu finalement être libéré grâce à l’intervention du Président de la LTDH.
Le 3 mars 2007, j’ai à nouveau été arrêté par une douzaine d’agents de sécurité. J’ai été gardé deux jours pendant lesquels j’ai cru que j’allais être abattu à chaque instant. Ma vie a été rachetée par un conseiller de la Présidence que connaissait mon oncle, pour une somme équivalente à 500 euros.
J’ai vécu caché pendant 27 jours sans contact avec ma famille. Le 02/04/2007, l’homme qui m’avait fait libérer de la prison m’a emmené à l’aéroport en m’expliquant que j’allais en France. Je suis passé avec lui par une porte dérobée pour éviter les services de surveillance et je suis monté dans l’avion pour Paris.
J’ai réussi à gagner la France aux fins de solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Je suis arrivé à l’aéroport de Paris le 3 avril 2007.
J’ai essayé de me rendre plusieurs fois à la Préfecture de Police de Paris afin de faire une demande d’asile mais il était impossible d’accéder aux guichets car il y avait trop de monde qui attendait. J’ai passé plusieurs jours à faire la queue devant la Préfecture sans aucune ressource ni logement. Une personne m’a dit de me rendre à Strasbourg où il y avait moins de monde pour demander l’asile.
J’ai alors essayé de me rendre à Strasbourg en train mais je me suis fait arrêter à la gare de Strasbourg le 17/05/2007. La Préfecture a refusé de m’admettre au séjour et a pris à mon encontre un arrêté de reconduite à la frontière notifié le 18/05/2007 sans tenir compte du fait que j’avais demandé l’asile en garde à vue. J’ai été placé au centre de rétention de Geispolsheim où j’ai fait une demande d’asile en procédure prioritaire.
J’ai été libéré après 17 jours de rétention par le Juge des Libertés et de la Détention.
L’OFPRA a rejeté ma demande le 12/06/2007 au motif que mes déclarations étaient « évasives et impersonnelles ».
J’ai alors déposé un recours devant la Cour Nationale du Droit d’Asile, anciennement Commission des Recours des Réfugiés, qui a été enregistré le 06/07/2007. Je suis à ce jour en attente d’une convocation.
Le 4 février 2008, j’ai été interpellé en sortant de l’association CASAS qui s’occupe de
ma demande d’asile ainsi que de ma domiciliation postale.
J’ai été placé en rétention et le Préfet du Bas Rhin a pris à mon encontre une décision
de maintien en rétention sur la base de l’arrêté de reconduite à la frontière dont j’avais
fait l’objet le 18/05/2007 en vue de mon éloignement vers le Tchad.
Je ne dispose plus d’aucun recours efficace afin d’éviter mon expulsion vers N’Djamena,
alors même que le pays est à feu et à sang depuis quelques jours et que je suis
recherché dans ce pays pour mes activités en faveur de la protection des droits de l’Homme. »
M. ABDOULAYE sera-t-il une victime du contexte politique franco-tchadien ? Sera-t-il une victime du durcissement de la politique actuelle d’immigration, qui met en danger de mort des réfugiés simplement pour « faire du chiffre » ?
La France doit continuer à protéger les réfugiés et doit respecter ses engagements internationaux.
Nous exigeons la suspension immédiate des mesures d’éloignement prises à l’encontre de M. ABDOULAYE, jusqu’à ce que la Cour Nationale du Droit d’Asile ait statué sur sa demande d’asile.
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